mardi 9 décembre 2014

Odyv

Je possède depuis maintenant plusieurs années un vase  avec des inscriptions en reliefs. On peut lire de façon très nette Odyv et un numéro 545, identifiant de toute évidence le modèle.
 


 
A l'époque j'ai acheté ce vase parce qu'il me plaisait sans en connaître l'origine. Le prix était également très raisonnable. La céramique est belle, sa forme est généreuse rythmée par des reliefs et un émaillage très réussi.

Depuis son achat elle est restée dans ma bibliothèque ce qui est plutôt bon signe car comme beaucoup de collectionneur, je ne peux pas exposer  toutes les céramiques que j'achète et suis obligé d'en stocker ...

Or récemment j'ai trouvé sur internet par hasard une céramique qui possédait le même émaillage  mais d'une forme différente . A réception du vase  j'ai pu m'apercevoir qu'il était de la même qualité. il y avait la même marque et  un numéro 551. Je n'avais dorénavant plus le choix et me devais d'en savoir un peu plus sur cette mystérieuse manufacture .

Internet est un outil vraiment magnifique, après quelques clics, j'ai commandé un ouvrage sur la manufacture Art déco Berlot-Musier de Vierzon   Le temps d'Odyv 1927-1940 édité par le musée Charles VII lors d'une exposition  organisée en 2006 autour d'une collection de pendule.



Le catalogue contient 96 pages bien documentées avec de belles illustrations. Les auteurs mènent une véritable enquête pour reconstituer l'histoire de cette production oubliée , contemporaine et voisine des grès de Lourioux à Foecy ou de Denert et Balichon (Denbac) à Vierzon.

Berlot-Musier est une petite manufacture Berrichone (40-60 employés au maximum). Créée en 1927 elle produira des céramiques jusque dans les années 1970, avec une période faste entre 1930 et 1940. Odyv est l'estampille de la manufacture et correspond (comme pour Denbac) à la contraction de 2 prénoms ODette la fille de Mussier et YVonne la sœur de Berlot.

Les vases ne sont malheureusement pas abordés en détail ce que regrette l'auteur dans sa conclusion et laisse en même temps ouvert un champs d'exploration. Nous apprenons quand même qu'il y aurait au moins 330 modèles, numérotés de 201 à 604 avec une qualité qui varie selon les époques et la technique et un émaillage varié; craquelé, crispé, de couleur et certain rehaussé d'or ou de platine.

Maintenant que je connais un peu mieux l' histoire de la manufacture, je dois avouer que l'intérêt pour ces 2 céramiques s'est encore accru.
Quoiqu'il en soit au final, j'ai 2 vases qui forment un bel ensemble, en plus très adapté en cette période de fin d'année pour mettre en valeur les décorations de Noel... 

2 vases Odyv; H 23cm et H 17cm D 21cm

 

lundi 3 novembre 2014

Keramos, des céramiques à redécouvrir

Même si les céramiques produites en Ile de France  n'ont pas forcément au premier abord l'aura ou la cohérence des créations régionales provenant de Vallauris ou de la Borne par exemple , elles restent au final je suis persuadé très importantes, variées, divers et souvent de grandes qualités.
 
Je possède bien sûr de la documentation sur la manufacture de Sèvres et des monographies sur des céramistes "parisiens" célèbres (Jouve, Chambost, Ruelland, Del Pierre, Lanel, Chapelet...) même si  là encore on insiste souvent sur leurs origines, leurs formations et leurs expériences  régionales.
 
 Au delà de ces grands créateurs , je suis très attentif aux productions de céramistes (Jaegle, Bishoff..) et d'ateliers (Keramos...) de la région parisienne peu connues aujourd'hui et donc encore accessibles.
 
Pour exemple je veux prendre mon dernier achat concernant un vase de Keramos que je trouve remarquable à plusieurs point de vue.
La qualité de la fabrication est indéniable,  la forme est moderne et l'émaillage à peau de serpent est une vraie réussite.
 
 
 
L'information que j'ai trouvé sur Keramos provient de l'ouvrage "Sevres Boulogne-Billancourt la céramique indépendante", il s'agissait d'une petite entreprise qui a fonctionné dans les années 50 avec 6 à 8 employés et qui s'est installée à Sèvres.
Il est évident que la qualité de la production de Keramos, n'est pas comparable à celle de la manufacture de Sèvres, il n'en reste pas moins que certaines créations sont je trouve très inspirées.
 
En tout cas n'hésitez pas  à me proposer ou à me faire part des céramiques dignes d'intérêt dont l'origine pourrait encore être à découvrir...
 

mardi 7 octobre 2014

Rambervillers et un editeur d'objets d'art; H.Naulot

 
J'ai acheté une belle céramique avant les vacances.
Elle a la particularité de ne pas être marqué mais de posséder une étiquette.



Il s'agit d'un pot à Tabac . L'attribution à la manufacture de Rambervillers est évidente et sans équivoque. Le modèle est  repris dans le catalogue 1920  sous la référence 388  et reproduit dans le catalogue de Francine Bertrand p86.
 
 
 
La décoration est très florale, le pot  reprend une représentation des feuilles et des fruits de Gui.
 
 
 On retrouve cette plante  dans d'autres objets typiques de l'art nouveau;
Les assiettes en faïence de Luneville par Edmond Lachenal par exemple.
 
 
 
 
 Pour revenir à l'étiquette "Naulot", elle indique vraisemblablement un éditeur d'objets décoratifs qui  diffusait donc des céramiques de la manufacture de Rambervillers.
 Je n'ai malheureusement rien trouvé sur cet éditeur dont le rôle était vraisemblablement de sélectionner des modèles, peut être de les faire fabriquer pour certain et de les commercialiser.
Naulot devrait faire parti des éditeurs mineurs (vs majeurs tels que Etling, Goldscheider, la firme Robj)  pratiquement tous parisien tels que Argyl, Les arts réunis, Domi, Exe, Godin, Nov, Renson, de Sauzéa. Les noms nous sont connus souvent pas des publicités que nous pouvons retrouver dans les revues d'époque.
 
 Rappelons que Eugene Corbin propriétaires des magasins réunis à Nancy vend à partir de 1906 des modèles de Rambervillers. En 1907 Cytère ouvre un magasin à Paris 32 rue de Maubeuge dans le 9ème. En 1910, les ventes sont plus importantes à Paris qu'en province. Dans les années 20, Jean Cytere fils d'Alphonse prend la responsabilité d'un magasin rue Martel dans le 10ème. En 1933 le dépôt de Paris est fermé.
 
 
Le lien entre Naulot et Rambervillers pourra il être un jours précisé?
 
 
En tout cas en passant à la pinacothèque cet été à Paris, j'ai retrouvé le 30 place de la Madelaine mais il ne s'agit clairement et malheureusement  plus d'une boutique d'objets d'art...
 
 
 
 

mercredi 24 septembre 2014

Sèvres, les journées du patrimoine 2014

La manufacture de Sèvres  dispose de  27 ateliers pour produire par an près de 3000 céramiques. La   qualité des porcelaines m'a toujours impressionné. Or exceptionnellement l'établissement est ouvert au public 2 jours par an dans le cadre des journées du patrimoine.
 
J'ai pour la première fois cette année pu participer à 2 visites commentées (sur les 3 organisées) . J'ai été fasciné par ce que j'ai pu voir et entendre. Chaque atelier  était commenté par des artisans passionnés par leur travail. 
 
Pendant plus d'une demi heure dans un atelier appelé Le moulin, "le meunier" a expliqué  en détaillant le fonctionnement de chaque machine,  les différents étapes de la fabrication des pâtes à porcelaine. Nous avons même pu voir fonctionner la machine de malaxage.
 
 
 

Le plâtre est essentiel quand on produit des céramiques à partir des moules. Sa dureté relative permet de réaliser des modèles à partir desquels on réalise des moules également en plâtre qui facilitent le travail de moulage ou coulage grâce à sa capacité à absorber l'humidité.
J'aurais bien aimé utiliser un des moules de la galerie servant à entreposer quelques moules;


Un grand moment fut la visite de l'atelier du grand coulage. J’ai pu saisir avec plus de précision l’utilisation de la barbotine et du moule en plâtre qui absorbe l’humidité et qui forme le contour de la céramique.



 
L'atelier sculpture moulage est l'endroit où l'on façonne les biscuits. L'empreinte  du biscuit en porcelaine à partir du moule peut se faire dans la journée mais le mouleur-répareurs peut avoir besoin de 6 semaines pour sculpter toutes les parties du biscuit et leur redonner leur éclat et leur finesse.


L'émaillage est une étape essentielle,  je suis resté admiratif devant la gestuelle de l'émailleur. Le geste permettant un émaillage réussit varie selon la forme de l'objet.  L'ouvrier, 3 ans avant son départ,  a pour mission de former son remplaçant.


 
En tant qu’amateur d’émaux de grand feux, j’ai été moins sensible mais tout autant impressionné par  les ateliers de décoration; de peinture de petits feu, de pose de fond et la dorure.


Cette visite fut un grand moment que je recommande chaleureusement. L'amateur de céramique sera comblé. J'ai découvert les coulisses, les artisans et les savoirs faire d'une manufacture cherchant la perfection à  toutes les étapes du processus de fabrication (sélection des matières premières à la vente des céramiques).

 
 

mardi 27 mai 2014

La "Parisienne" vue par E. Lachenal et H. Caro-Delaville

Concours de circonstance amusant, le début de la quinzaine de Roland Garros a coïncidé avec la livraison samedi dernier d'un colis contenant une charmante joueuse de tennis 1900.
Il s'agit d'une petite statuette, 25cm de haut, réalisée en faience par Edmond Lachenal (1850-1930, père de Raoul et Jean-Jacques Lachenal également céramistes)  en collaboration avec Henry Caro-Delaville (1876-1928) , peintre des élégances mondaines.


 
Depuis la visite de l'exposition sur "Paris 1900 ville spectacle", je cherche à mieux comprendre cette "belle époque" à l'origine de créations totalement innovantes et inspirées.

J'avais remarqué au petit palais dans partie consacrée à la mode, des  céramiques illustrant l'élégance féminines. La parisienne pouvait changer de tenue jusqu'à 10 fois par jours en fonction de ses activités.

Le catalogue de l'exposition consacre une page à  ces 3 parisiennes en faience vêtues à la dernière mode. On apprend entre autre que Lachenal a mis au point un procédé électrolityque lui permettant de dépolir à l'acide ses pièces pour obtenir des tons mats et veloutés. La couverte de la céramique totalement lisse est effectivement très étonnante. Le livre "L'Objet 1900" de Maurice Rheims parle  d'un émail mat aux tons pastels, veloutés et givrés.








Ma statuette est tout à fait dans l'esprit de celles exposées au petit palais. On retrouve la signature du céramiste et du peintre, une silhouette filiforme, une main qui tient la robe,  un chapeau et au final une parisienne vêtue à la dernière mode qui aujourd'hui présente un "charme désuet  et légèrement caricatural".


Lors de nos échanges le vendeur très sympathique m'a fait remarquer qu'il y avait le 22-mai-2014  une vente chez Tajan proposant justement une sculpture en faïence dans le même esprit, plus grande,  réalisée par Lachenal et J. Bérengier. Le lot a finalement été vendu 2552 euros.


La manufacture de Rambervillers a également proposé 2 modèles reprenant des élégantes. Le premier a été proposé par Biais artiste dont nous ne savons rien et le deuxième plus exubérant par Passemard.
Rappelons que nous avons déjà parlé de Passemard et de ses gueux qui correspondaient paradoxalement au courant esthétique qui s'attache à représenter la classe laborieuse.



Biais hauteur 24cm
Passemard hauteur 18 cm



La Parisienne était déjà à l'époque un "attrait touristique", n'hésitez pas à me faire suivre d'autres modèles je serais ravis de pouvoir compléter cette galerie d'élégante qui garde tout son charme.




vendredi 25 avril 2014

Paris et l'art nouveau sont à l'honneur au petit palais

Après avoir déposé les enfants chez les grands parents, j'ai profité de l'après midi pour visiter l'exposition "Paris 1900, la Ville spectacle" qui se tient au petit palais jusqu'au 17 aout 2014.
 
 
Un vrai régal...la scénographie avec les 600 objets permet je trouve avec succès de nous plonger  dans  la belle époque et d'exposer accessoirement quelques céramiques intéressantes.
 
 
On commence la visite par une évocation de l'exposition universelle de 1900. Je retiens l'accrochage de la frise en céramique des animaux de Jouve réalisée par Bigot de la porte monumentale (pour information il existe une réduction "18x32cm" des bas-reliefs  édités en 1902 et commercialisés par le céramiste).
 
 
 
Les visiteurs découvrent ensuite une salle avec un large échantillon d'œuvres de style art nouveau. Je joins ci-dessous 2 photos reprenant des céramiques mais on y retrouve également du mobilier, de la verrerie, du bronze, des tapisseries...
 
Les vases de Sevres côtoient des productions de Copenhague et de Rozenburg;

On retrouve également  les statuettes d'Agathon Leonard évoquées lors d'un précédent billet;

 
 
La visite se poursuit par une salle surprenante qui reconstitue un accrochage des salons d'art de l'époque mélangeant sculptures et tableaux . Un tableau de Cézanne  est accroché dans un coin de la salle sans aucune considération particulière à côte des tableaux  académiques qui ont en 1900 la faveur du public.
En faisant un raccourci rapide on peut se demander aujourd'hui ce qui dans les années à venir restera des créations contemporaines à la mode.
 
La modernité de Maillol se confronte sans à priori au nu académique de Jean-Leon Jérôme;
 
 
On retrouve ensuite une partie consacrée à la mode et pour finir des salles évoquant les divertissements à Paris.
 
Au final je recommande vivement cette exposition. Elle permet véritablement de se projeter dans les années 1900 et permet je pense de mieux comprendre les arts décoratifs de cette époque.

Après cette exposition, j'apprécie aujourd'hui peut être encore d'avantage  certaines de mes céramiques. A côté de leurs esthetiques indéniables, elles se replacent plus clairement dans ce contexte historique extrement riche et charnière de la fin du XXème siecle que l'exposition montre avec brillo . 
 

lundi 31 mars 2014

Made in France? vase de la faiencerie C.A.B?

Ce week end à Vanves, j'ai déniché un vase "mystérieux".
Il s'est imposé à moi d'abord par sa taille, hauteur 28cm, diamètre 20cm. Ensuite sa forme et sa couleur m'ont séduit. J'ai retrouvé un bleu mais cette fois-ci un bleu azur ou bleu turquoise  très lumineux , qui s'éclaircit paradoxalement vers le bas.
La forme est quant à elle très  structurée, géométrique avec des cannelures sur la panse et un col en bulbe. Le tout est très original et au final je trouve  très réussi.


Encore une fois et c'est ce qui fait le bonheur des amateurs de céramique à budget restreint, l'absence de signature m'a permis d'acquérir ce vase pour un  prix très raisonnable.


Compte tenu de la qualité observée, la céramique est forcément le produit d'une manufacture qui savait travaillée la terre et maîtrisée les émaux. La marque en creux "Made in France" est clairement un indice.  J'ai pensé tout de suite à plusieurs choses; Chambost, CAB et Unis France...
 
Nous retrouvons en effet dans la production de Rambervillers la marque "Unis France" à partir de 1920 sur un grand nombre de pièce jusqu'en 1931. La marque "Unis France" pour beaucoup, comme celle de "Made in France" je suppose, pourrait être à tort associée à une production de "mauvaise qualité" et de grande série.

Il s'agit avant tout d'un label national de garantie de production française et pas une marque de fabrique. L’institut National de Propriété Industrielle a déposé 4 sigles le 29 janvier 1916 en réaction à l’hégémonie économique allemande  dans un grand nombre de domaine de production depuis 40 années. Le sigle "Unis France" a donc été utilisé de 1916 jusqu'après la seconde guerre mondiale.  Les conditions de fabrication et de commerce ayant changées, seule la mention "Made in France" semble avoir survécu.
Dans le domaine de la céramique je ne connais que la fabrique de Rambervillers pour avoir utilisée le sigle "Unis France", par contre le sigle "Made in France" se retrouve à ma connaissance sur des pièces de Chambost, de CAB et de Vallauris.

La marque "Made in France" sur les pièces de Pol Chambost est différente mais très fréquente. La monographie de "Pol Chambost chez Somogy" parle page 55 d'une utilisation quasi systématique des marques "Made in France" horizontales et inscrites dans un cercle au milieu des années 1940. Un autre cachet (largeur 8 cm) a été utilisé dans les années 60 pour des services de table destinés à l'exportation.

L'annexe N°4 de l'ouvrage très intéressant de Claude Mandraut sur la faiencerie C.A.B. (Céramique d'Art de Bordeaux) 1919-1947 reprend également les marques, cachets et signatures qui révèlent également utilisation de la marque "Made in France" en creux sur 2 lignes très similaire à celle du vase présentée.

Par ailleurs ma céramique possède également un numéro de référence (numérotation chronologique caractérisant une forme ou un moule?). L'annexe N°3 de l'ouvrage de Claude Mandraut présente la numérotation des formes (non définitives) des formes de CAB et de primavera avec mention des décors répertoriés. Malheureusement les numéros les plus proches mentionnées sont le 459 et le 492, numéro de la première période. Tous les 2 sont cependant des vases craquelés turquoises! Le 479 se replacerait il dans cet inventaire? c'est possible...l'opinion de Claude Mandraut permettrait à coup sur de lever le doute, à suivre...