mercredi 24 septembre 2014

Sèvres, les journées du patrimoine 2014

La manufacture de Sèvres  dispose de  27 ateliers pour produire par an près de 3000 céramiques. La   qualité des porcelaines m'a toujours impressionné. Or exceptionnellement l'établissement est ouvert au public 2 jours par an dans le cadre des journées du patrimoine.
 
J'ai pour la première fois cette année pu participer à 2 visites commentées (sur les 3 organisées) . J'ai été fasciné par ce que j'ai pu voir et entendre. Chaque atelier  était commenté par des artisans passionnés par leur travail. 
 
Pendant plus d'une demi heure dans un atelier appelé Le moulin, "le meunier" a expliqué  en détaillant le fonctionnement de chaque machine,  les différents étapes de la fabrication des pâtes à porcelaine. Nous avons même pu voir fonctionner la machine de malaxage.
 
 
 

Le plâtre est essentiel quand on produit des céramiques à partir des moules. Sa dureté relative permet de réaliser des modèles à partir desquels on réalise des moules également en plâtre qui facilitent le travail de moulage ou coulage grâce à sa capacité à absorber l'humidité.
J'aurais bien aimé utiliser un des moules de la galerie servant à entreposer quelques moules;


Un grand moment fut la visite de l'atelier du grand coulage. J’ai pu saisir avec plus de précision l’utilisation de la barbotine et du moule en plâtre qui absorbe l’humidité et qui forme le contour de la céramique.



 
L'atelier sculpture moulage est l'endroit où l'on façonne les biscuits. L'empreinte  du biscuit en porcelaine à partir du moule peut se faire dans la journée mais le mouleur-répareurs peut avoir besoin de 6 semaines pour sculpter toutes les parties du biscuit et leur redonner leur éclat et leur finesse.


L'émaillage est une étape essentielle,  je suis resté admiratif devant la gestuelle de l'émailleur. Le geste permettant un émaillage réussit varie selon la forme de l'objet.  L'ouvrier, 3 ans avant son départ,  a pour mission de former son remplaçant.


 
En tant qu’amateur d’émaux de grand feux, j’ai été moins sensible mais tout autant impressionné par  les ateliers de décoration; de peinture de petits feu, de pose de fond et la dorure.


Cette visite fut un grand moment que je recommande chaleureusement. L'amateur de céramique sera comblé. J'ai découvert les coulisses, les artisans et les savoirs faire d'une manufacture cherchant la perfection à  toutes les étapes du processus de fabrication (sélection des matières premières à la vente des céramiques).

 
 

mardi 27 mai 2014

La "Parisienne" vue par E. Lachenal et H. Caro-Delaville

Concours de circonstance amusant, le début de la quinzaine de Roland Garros a coïncidé avec la livraison samedi dernier d'un colis contenant une charmante joueuse de tennis 1900.
Il s'agit d'une petite statuette, 25cm de haut, réalisée en faience par Edmond Lachenal (1850-1930, père de Raoul et Jean-Jacques Lachenal également céramistes)  en collaboration avec Henry Caro-Delaville (1876-1928) , peintre des élégances mondaines.


 
Depuis la visite de l'exposition sur "Paris 1900 ville spectacle", je cherche à mieux comprendre cette "belle époque" à l'origine de créations totalement innovantes et inspirées.

J'avais remarqué au petit palais dans partie consacrée à la mode, des  céramiques illustrant l'élégance féminines. La parisienne pouvait changer de tenue jusqu'à 10 fois par jours en fonction de ses activités.

Le catalogue de l'exposition consacre une page à  ces 3 parisiennes en faience vêtues à la dernière mode. On apprend entre autre que Lachenal a mis au point un procédé électrolityque lui permettant de dépolir à l'acide ses pièces pour obtenir des tons mats et veloutés. La couverte de la céramique totalement lisse est effectivement très étonnante. Le livre "L'Objet 1900" de Maurice Rheims parle  d'un émail mat aux tons pastels, veloutés et givrés.








Ma statuette est tout à fait dans l'esprit de celles exposées au petit palais. On retrouve la signature du céramiste et du peintre, une silhouette filiforme, une main qui tient la robe,  un chapeau et au final une parisienne vêtue à la dernière mode qui aujourd'hui présente un "charme désuet  et légèrement caricatural".


Lors de nos échanges le vendeur très sympathique m'a fait remarquer qu'il y avait le 22-mai-2014  une vente chez Tajan proposant justement une sculpture en faïence dans le même esprit, plus grande,  réalisée par Lachenal et J. Bérengier. Le lot a finalement été vendu 2552 euros.


La manufacture de Rambervillers a également proposé 2 modèles reprenant des élégantes. Le premier a été proposé par Biais artiste dont nous ne savons rien et le deuxième plus exubérant par Passemard.
Rappelons que nous avons déjà parlé de Passemard et de ses gueux qui correspondaient paradoxalement au courant esthétique qui s'attache à représenter la classe laborieuse.



Biais hauteur 24cm
Passemard hauteur 18 cm



La Parisienne était déjà à l'époque un "attrait touristique", n'hésitez pas à me faire suivre d'autres modèles je serais ravis de pouvoir compléter cette galerie d'élégante qui garde tout son charme.




vendredi 25 avril 2014

Paris et l'art nouveau sont à l'honneur au petit palais

Après avoir déposé les enfants chez les grands parents, j'ai profité de l'après midi pour visiter l'exposition "Paris 1900, la Ville spectacle" qui se tient au petit palais jusqu'au 17 aout 2014.
 
 
Un vrai régal...la scénographie avec les 600 objets permet je trouve avec succès de nous plonger  dans  la belle époque et d'exposer accessoirement quelques céramiques intéressantes.
 
 
On commence la visite par une évocation de l'exposition universelle de 1900. Je retiens l'accrochage de la frise en céramique des animaux de Jouve réalisée par Bigot de la porte monumentale (pour information il existe une réduction "18x32cm" des bas-reliefs  édités en 1902 et commercialisés par le céramiste).
 
 
 
Les visiteurs découvrent ensuite une salle avec un large échantillon d'œuvres de style art nouveau. Je joins ci-dessous 2 photos reprenant des céramiques mais on y retrouve également du mobilier, de la verrerie, du bronze, des tapisseries...
 
Les vases de Sevres côtoient des productions de Copenhague et de Rozenburg;

On retrouve également  les statuettes d'Agathon Leonard évoquées lors d'un précédent billet;

 
 
La visite se poursuit par une salle surprenante qui reconstitue un accrochage des salons d'art de l'époque mélangeant sculptures et tableaux . Un tableau de Cézanne  est accroché dans un coin de la salle sans aucune considération particulière à côte des tableaux  académiques qui ont en 1900 la faveur du public.
En faisant un raccourci rapide on peut se demander aujourd'hui ce qui dans les années à venir restera des créations contemporaines à la mode.
 
La modernité de Maillol se confronte sans à priori au nu académique de Jean-Leon Jérôme;
 
 
On retrouve ensuite une partie consacrée à la mode et pour finir des salles évoquant les divertissements à Paris.
 
Au final je recommande vivement cette exposition. Elle permet véritablement de se projeter dans les années 1900 et permet je pense de mieux comprendre les arts décoratifs de cette époque.

Après cette exposition, j'apprécie aujourd'hui peut être encore d'avantage  certaines de mes céramiques. A côté de leurs esthetiques indéniables, elles se replacent plus clairement dans ce contexte historique extrement riche et charnière de la fin du XXème siecle que l'exposition montre avec brillo . 
 

lundi 31 mars 2014

Made in France? vase de la faiencerie C.A.B?

Ce week end à Vanves, j'ai déniché un vase "mystérieux".
Il s'est imposé à moi d'abord par sa taille, hauteur 28cm, diamètre 20cm. Ensuite sa forme et sa couleur m'ont séduit. J'ai retrouvé un bleu mais cette fois-ci un bleu azur ou bleu turquoise  très lumineux , qui s'éclaircit paradoxalement vers le bas.
La forme est quant à elle très  structurée, géométrique avec des cannelures sur la panse et un col en bulbe. Le tout est très original et au final je trouve  très réussi.


Encore une fois et c'est ce qui fait le bonheur des amateurs de céramique à budget restreint, l'absence de signature m'a permis d'acquérir ce vase pour un  prix très raisonnable.


Compte tenu de la qualité observée, la céramique est forcément le produit d'une manufacture qui savait travaillée la terre et maîtrisée les émaux. La marque en creux "Made in France" est clairement un indice.  J'ai pensé tout de suite à plusieurs choses; Chambost, CAB et Unis France...
 
Nous retrouvons en effet dans la production de Rambervillers la marque "Unis France" à partir de 1920 sur un grand nombre de pièce jusqu'en 1931. La marque "Unis France" pour beaucoup, comme celle de "Made in France" je suppose, pourrait être à tort associée à une production de "mauvaise qualité" et de grande série.

Il s'agit avant tout d'un label national de garantie de production française et pas une marque de fabrique. L’institut National de Propriété Industrielle a déposé 4 sigles le 29 janvier 1916 en réaction à l’hégémonie économique allemande  dans un grand nombre de domaine de production depuis 40 années. Le sigle "Unis France" a donc été utilisé de 1916 jusqu'après la seconde guerre mondiale.  Les conditions de fabrication et de commerce ayant changées, seule la mention "Made in France" semble avoir survécu.
Dans le domaine de la céramique je ne connais que la fabrique de Rambervillers pour avoir utilisée le sigle "Unis France", par contre le sigle "Made in France" se retrouve à ma connaissance sur des pièces de Chambost, de CAB et de Vallauris.

La marque "Made in France" sur les pièces de Pol Chambost est différente mais très fréquente. La monographie de "Pol Chambost chez Somogy" parle page 55 d'une utilisation quasi systématique des marques "Made in France" horizontales et inscrites dans un cercle au milieu des années 1940. Un autre cachet (largeur 8 cm) a été utilisé dans les années 60 pour des services de table destinés à l'exportation.

L'annexe N°4 de l'ouvrage très intéressant de Claude Mandraut sur la faiencerie C.A.B. (Céramique d'Art de Bordeaux) 1919-1947 reprend également les marques, cachets et signatures qui révèlent également utilisation de la marque "Made in France" en creux sur 2 lignes très similaire à celle du vase présentée.

Par ailleurs ma céramique possède également un numéro de référence (numérotation chronologique caractérisant une forme ou un moule?). L'annexe N°3 de l'ouvrage de Claude Mandraut présente la numérotation des formes (non définitives) des formes de CAB et de primavera avec mention des décors répertoriés. Malheureusement les numéros les plus proches mentionnées sont le 459 et le 492, numéro de la première période. Tous les 2 sont cependant des vases craquelés turquoises! Le 479 se replacerait il dans cet inventaire? c'est possible...l'opinion de Claude Mandraut permettrait à coup sur de lever le doute, à suivre... 
 

lundi 24 mars 2014

Les chats de Virion à Rambervillers


 Il m'arrive de temps en temps de me rendre à l'hôtel des ventes Drouot Richelieu. Avec ses 16 salles et des ventes quasi-quotidiennes c'est un endroit magique pour les collectionneurs car chacun peut y trouver ce qu'il cherche. J'ai justement  dernièrement fait l'acquisition d'un splendide chat de Virion  dans une vente courante de l'étude Ferry. La chance m'a souri sur ce coup, la pièce n'était pas identifiée (la plupart des chats ne portent pas de marque) et mon ordre raisonnable laissé aux personnes de l'étude a, ce qui est rare, été suffisant pour remporter l'enchère sans même que le prix maximum de mon ordre ait été atteint.
 
 
 
Le chat, animal domestique avec le chien par excellence, est le roi de la collection thématique. Même si quelques sculpteurs (Sandoz, Martel ou Adnet) ont réalisé des modèles intéressants, le chat semble resté paradoxalement un animal qui a peu inspiré les créateurs et les fabricants d'autrefois par rapport à des animaux exotiques (ours, fauve...).
 
La manufacture de Rambervillers aurait quant à elle produit  14 modèles reprenant la représentation de chats (ref 133, 258, 367, 429,430, 432, 442, 482, 280, 359, 499, 502, 533, 556)  que l'on retrouve seulement pour la première fois dans le catalogue de 1920 dont 8 sont repris dans la page illustrant les animaux de Charles Virion.

Ref 133(h320)     Ref 258(h160)    Ref 367(h130)   Ref 429(h290)     Ref430(h110)      Ref432(L150)      Ref 442(h300)           

Ref 280(saliere) Ref 359(h140)Ref 499(L165)Ref 502(h110) Ref533(L350)           Ref556(L230)            Ref482(h100)                                                               
        
 Le catalogue de 1931 propose à nouveau 13 modèles (258, 533, 556, 133 ,430 ,482 ,4 99 ,502 ,442 ,620 ,429 ,598 ,280 ,623) dont 3 nouveaux (ref  620 ,598 ,623)incluant un serre livres (598)et un vide poche (623).
                                Ref 598(h150)            Ref620 (h310)           Ref623 (long110)                                                          
 
 

Il se pourrait que Charles Virion (1865-1946, Sculpteur animalier, peintre, graveur sur médailles et céramiste) n'ait jamais mis les pieds à Rambervillers pour autant il aurait proposer plus de 35 modèles d'animaux édités à Rambervillers dont 9 représentations de chat.
 
On retrouve sous l'intitulé ANIMAUX DE VIRION dans le catalogue i) de 1920, 8 représentation de chats  (429, 430,432,442,280,482,499,502) et ii) de 1930 6 modèles tous déjà existant en 1920 (430,482,499,502,442,429) plus le ref620.
Sur la base du catalogue on s'aperçoit que 50% des modèles reprenant la représentation de chat sont attribués à C. Virion. 
Les 17 chats repris dans le catalogue représentent des attitudes réalistes et très différentes. La moitié des chats de Virion  soit 4 sur 9 font leur toilette.
 
Le chat que j'ai acquis possède, en plus de ses yeux de sulfure qui lui donne une vrai présence, un émaillage beige à coulures marrons typique de la production de Rambervillers. Il est représenté dans le catalogue de Francine Bertrand page 97 et de l'exposition de 2009 page 44 et  attribué dans les 2 catalogues à C. Virion. 
 
Tel que précisé au début de mon billet la plupart des chats  ne sont ni marqués ni signés. Le modèle acheté quant à lui en plus de ne pas être marqué et signé n'est pas référencé dans les catalogues de vente de l'époque.  L'attribution à C.Virion est elle certaine? La comparaison avec les autres créations de Virion pourrait en effet le faire penser.
 
Je savais que des créations fabriquées à Rambervillers n'était pas reprises dans les catalogues commerciaux connus, combien de modèles cela peut il représenter? Les céramiques de Rambervillers n'ont pas fini de nous surprendre...
 
 
 
 

 



mercredi 12 mars 2014

Chatou...le bon mix...Rambervillers, Kostanda et Greber

Les beaux jours reviennent avec son lot de manifestation. Chatou, la foire à la brocante et aux jambons du 7  au 16 mars est un rendez vous que j'apprécie. Armé d'un sandwich je sillonne aux heures de déjeuner les allées regroupant plus de 700 brocanteurs à la recherhce de l'objet.

Cette année, j'ai dégotté  un petit buste art nouveau en bronze de D.Alonzo. J'ai toujours été attiré par ces objets décoratifs dont la parenté avec la céramique est finalement assez évidente.
 Et au final pour un budget très raisonnable, je suis revenu avec 3 céramiques très différentes.



Ces pièces n'ont rien d'extraordinaire et je les ai acheté seulement parce qu'elles me plaisaient. Dans ce lot j'ai quand même fait l'acquisition du pot à tabac triangulaire référence 479 du catalogue de 1920, peut être un peu malgré tout, dans le but de posséder un modèle que je n'avais pas dans ma collection.


L'émail du Greber fait ressortir un degradé de couleur très réussie.

La couverte du kostanda est profond, on a l'impression de discerner un amas d'étoiles .

La forme triangulaire du Rambervillers est originale et met largement en valeur les émaux flammés, signature incontestable de la production.


Lecteur attentif de l'excellent site de Pascal Marziano sur la céramique des années 50,  j'ai acheté le magazine AD (architectural digest.architecture decoration, arts design du mois de fev-mars 2014).  L'édito sur le bon mix  m'a beaucoup plu. Même si ça peut paraître tiré par les cheveux, il a fait immédiatement écho avec ma collection qui se diversifie de plus en plus.
Je trouve en effet que l'art du  mélange est  stimulant, difficile et permet d'exprimer totalement sa personnalité.

 

mercredi 19 février 2014

Un week end peinture


Mon beau frère est un passionné de peinture. Il habite dans une ville du nord de la France qui a la chance de posséder un galériste  accessible, sympathique et érudit.
J'attends toujours avec impatience le moment où on va lui rendre visite,  ça sera comme à chaque fois l'occasion de discourir autour des oeuvres exposées, de l'art en général et accessoirement de repartir avec un ou plusieurs tableaux.

C’est donc là bas, loin de la région parisienne que j’ai découvert l’abstraction...  je reconnais que c'est une forme d'art assez étonnante et pas toujours facile d'accès. Mais l'investissement personnel en vaut la peine.
Même si ces toiles ne représentent la plupart du temps rien, elles ouvrent la porte à un imaginaire et à un plaisir que je trouve sans limite.
Il m'arrive souvent de contempler des œuvres abstraites, comme on peut écouter de la musique, sans chercher à se rattacher à quelque chose de connu mais à se laisser emmener par la composition, les mouvements, les couleurs,  les formes...
La matière  est une dimension dans le tableau qui me touche également beaucoup...j'aime la peinture épaisse, l'ajout d'éléments dans le tableau...ma passion pour la céramique en est surement pour quelque chose.
 
Cette fois ci, nous avons fait l'acquisition d' une œuvre d'une grande expressivité liée à une dynamique très marquée de Raymond Moisset ( 1906-1994  ) que je me fais un plaisir de vous la montrer .... 


Fantasmagorie, 1958, Dimension; 96,5 x 130 cm


Mon cheminement vers l'art abstrait est totalement intuitif, je n'ai aucune formation artistique et je me laisse d'abord totalement guider par mes impressions.
Si cet univers "impénétrable" vous intéresse, je vous recommande d'aller voir ou revoir les nymphéas (ce que nous avons récemment fait avec ma fille qui préparait un exposé sur Monet) un pur bonheur et la lecture par exemple du catalogue de l'exposition "L'envolée lyrique, Paris 1945-1956" qui s'est tenue en 2006 au palais du Luxembourg, un premier pas  avec de grands artistes.


Mais jusqu'où "la collection de céramique de Rambervillers" peut elle encore me mener?