dimanche 3 mars 2013

Eileen Gray, l'art du laque

Pendant que les enfants goûtent aux joies de la neige, nous avons profité du week end  pour visiter l'exposition Eileen Gray (1878-1976) qui a lieu en ce moment à Beaubourg.
J'ai découvert une artiste... loin du monde de la céramique.
Décoratrice, architecte, peintre, laqueur, créatrice de mobilier, de tapis...Eileen Gray arrive à rompre avec les mouvements de son époque en trouvant un nouveau langage à travers des créations originales et très sensibles.



Tout le monde connaît le fauteuil Bibendum, le fauteuil transat ou la table en verre ajustable qui sont repris sur la photo ci-dessus.
Mais Eileen Gray c'est beaucoup plus que cela, l'exposition retrace un parcours passionnant autour en grande partie de ses projets architecturaux (La villa E 1027, Tempe a Pailla et Lou Perou)  dont le mobilier tient une place très importante.
Le début de son parcours m' a beacoup interessé, elle apprend dans sa jeunesse l'art du laque, elle ouvre en 1922 la galerie Jean Désert où elle va vendre pendant une dizaine d'année des pièces uniques; du mobilier, des tapis, des objets de décoration... 
 Eileen Gray est à l'origine des plus grands chef d'oeuvres en laque du 20 ème siècle en occident.
J'ai retrouvé dans les objets laqués des similitudes avec la céramique ou la dinanderie. La laque est une résine qui s'applique à l'origine sur du bois et qui en séchant forme un revêtement solide protecteur. La laque peut être ensuite sculptée et décorée par incorporation de pigments ou de poudre d'or et ou d'argent.
L'exposition présente des panneaux, des paravents et des objets en laque d'une grande beauté... ils s'en dégagent une très grande maîtrise, finesse et préciosité.

Coupe en laque noire avec des incrustations d’or.
Provenance Galerie Vallois




dimanche 24 février 2013

Le nouvel an chinois...Claudin et le dragon

La date du nouvel an chinois correspond au 1er jour d'une nouvelle lune entre le 21-janvier et 20 février. Chaque année chinoise est associée à un des douze signes du zodiaque chinois.
Le signe du dragon est remplacé à partir du 10 février  2013 par le serpent...mais en attendant de le retrouver en 2024 il restera présent sur les céramiques de Rambervillers.

Le dragon a bien sûr inspiré la SAPCR (Société Anonyme des Produits Céramiques de Rambervillers). Francine Bertrand dans son ouvrage est élogieuse quand elle évoque le vase chimère.
Fig 56. Chimère, par Claudin
Hauteur : 330 mm  Prix 25 frf
 Elle parle d'un artiste qui a su utiliser avec intelligence la force  de ce motif ornemental en créant un accord parfait entre le sujet  et la matière...Ils se mèlent dans un élan esthétique et narratif très réussi, illustrant la richesse et la qualité des rapprochements entre la céramique extrème-orientale et la céramique art nouveau européenne.
Le symbole du dragon est utilisé depuis l'antiquité. Il fait partie du mythe fondateur de la civilisation chinoise, il représente le pouvoir. Sa morphologie varie selon les sources et les époques. Il emprunte des parties de différents animaux. Dans le cas du vase de Claudin nous retrouvons une tête de chameau, des yeux de démon, des bois de bovidés, un cou de serpent, des pates de tigres qui se termient par des griffes de vautour ...retournons voir la couverture du lotus bleu pour en avoir un autre aperçu également très évocateur.
 Pierre Roger Claudin, artiste que nous avons évoqués le 25 novembre 2012, a proposé à SAPCR, 2 modèles de céramique représentant le dragon grimpant sur le col en tordant son corps dans une spirale vigoureuse. Un brule parfum a également été créé en s'inspirant du dragon, la fonction de l'objet là encore s'adapte de façon pertinente au sujet, à l'animal cracheur de feu.



Fig 56, 23, 243; Hauteur 330mm,210mm,120mm


Pour information un vase chimère Fig 56 a été vendu récemment 800 euros lors d'une vente organisée par Anticthermal à Nancy le samedi 16 février 2013.

lundi 11 février 2013

Les fantassins

Si comme moi vous parcourez régulièrement un site de vente aux enchères bien connu, vous n'avez pas pu passer à côté du fantassin rampant portant l'uniforme de l'infanterie tel qu'il était à l'ouverture des hostilités en août-1914 presque identique à celui de 1870.

Fig 424, 1er modèle
Longueur 250 mm

Toutes les informations que je reprends dans ce billet sont issus de l'excellente anlayse sur les fantassins réalisée par  Louis S.

Je trouve que cette pièce  est très intéressante à plusieurs titres;

-Le fantassin est d'un grand réalisme on imagine très bien le soldats en train de ramper pour gagner quelques mètres au péril de sa vie la peur au ventre.

-La fabrique montre là encore sa capacité à faire créer des modèles en tenant compte des événements de son temps.

-L'édition d'un 2ème modèle non repertorié dans les catalogues de vente, reprenant le fantassin dans la même position avec le nouvel uniforme de l'armée française est surprenante. La mention épuisée ajoutée sur le catalogue de vente de 1920 pour le fantassin 1er modèle indique t il un succès important? une volonté de remplacer le 1er modèle par le 2ème modèle?
Fig 424, 2eme modèle
- La pièce comporte la marque du créateur qui n'est pas reprise dans le catalogue de vente. Le nom semble être "E. Le Broc" mais nous n'avons aucune information sur cet artiste ... jusqu'à maintenant.

Pour information la céramique avec un fel important a été adjugée 310 euros.

mercredi 6 février 2013

Le fils de Poséidon a temporairement remplacé l'esprit de Rambervillers...

Je suis allé ce we cherché le lot qui m'avait été adjugé dans la vente dont je vous ai parlé lors de mon dernier billet.. Non ce n'est pas le vase fougères de Gruber... ce n'est même pas une céramique de Rambervillers.
Gruber était ce weed-end "inaccessible" avec mes moyens, le vase fut adjugée 4379 euros incluant une commission d'achat de 25,116%.
Mais j'avais repéré un groupe en grès typique art déco d'inspiration mythologique. Triton, fils de poséidon  est représenté en train de souffler dans sa conque. Il est accompagné d'une néréide les yeux fermées, apaisée par le son de la conque, comme les flots qu'il a l'habitude de commander.



La pièce possédait une marque , non signalée dans le catalogue qui me rappelait vaguement quelque chose. J'avais pu rapidement mettre un nom, le M et G m'ont fortement aidé mais je n'étais pas sûr à 100%.



J'ai très vite eu la confirmation qu'il s'agissait effectivement d'une céramique de Maurice Gensoli (1892-1974).
Cette acquisition faite à bon prix illustre l'intérêt de la lecture. Tout collectionneur se doit  en effet d'en savoir le plus possible sur ce qu'il collectionne. Il dispose de nombreuses occasions pour apprendre mais le lecture reste le meilleur moyen pour acquérir des connaissances.
 Au delà du plaisir, ces lectures associées à une bonne mémoire photographique sont les ingrédients indispensables pour établir une collection dans les meilleurs conditions.
Maintenant le domaine de la céramique est si vaste, il est indispensable de focaliser son intérêt et de garder un fil conducteur à sa collection...dans ces conditions est il vraiment cohérent de garder cette céramique de Gensoli quelque soit l'interêt et le plaisir qu'elle me procure?





mercredi 30 janvier 2013

Rambervillers à Enghien...Gruber à l'honneur

Le week dernier a commencé en fanfare,  samedi matin j'avais donné rendez vous à mon ami Philippe à Vanves qui passait à Paris pour déposer son fils. Nous avons parlé bien sûr de Rambervillers autour d'un café bien chaud pour essayer de nous réchauffer.

Après un avoir récupéré une céramique (un craquelé dont je vous parlerai une prochaine fois) nous avons fait un tour rapide, plus concentré sur notre discussion que sur la "multitude" de trésors déballés...

Au programme de l'après midi un tour à Enghien chez  Goxe-Belaïsch, hôtel des ventes d'Enghien, j'avais repéré une vente  dans laquelle quelques céramiques étaient proposées à la vente dont le fameux vase fougères de Gruber (estimation 1500-2000 euros).
Je suis en train de lire la monographie sur Jacques Gruber qui a été publiée dans le cadre de l'exposition "Jacques Gruber et l'art nouveau, un parcours décoratif" qui s'est tenue dans les galeries Poirel du musée de l'Ecole de Nancy du 16 septembre 2011 au 22 janvier 2012. J'éspère pouvoir rapidement vous parler de cet artiste protéiforme pur produit de l'école de Nancy.
Fig 10, Fougères par Gruber
H 460 mm;
prix : 60 fr

L'exposition vallait le détour,  j'ai pu également admirer entre autre le vase Fig 69 (H 250 mm) avec une monture métallique décorative sobre mais très réussie. L'émaillage vert d'eau cuivré et le marquage à l'encre "horizontale", nous permet de replacer cette céramique dans la production très riche d'avant guerre.


En comparaison, l'ouvrage "les grès d'alphonse Cytere" de Marie-Claude Ferry-Cuny reprend 2 illustrations du même vase avec des montures de style très différent.



J'ai bien sûr laissé des ordres ne pouvant pas être présent lors de la vente qui avait lieu le lendemain, dimanche 27 janvier... à suivre

jeudi 24 janvier 2013

La diversité des émaux, un exemple

Je vous avais présenté l’année dernière le vase vague grand modèle en insistant sur son inspiration japoniste. Dans ce billet qui sera suivi par d’autres au hasard des photos en ma possession, j’aimerais illustrer la richesse et la diversité des émaux liés à une production de série qui rend chaque céramique unique.
Je reprends ci-dessous 4 exemplaires du vase vague petit modèle;
 
Fig 22, La Vague ( 1,2,3,4 de g à d et de h en b)
H 260 mm
prix 21fr

Les photos parlent d’elles-mêmes même si la qualité du rendu reste très dépendante de l’éclairage qui n’est pas homogène. Les couleurs des grès flammés dits à reflets métalliques sont de par leur nature très difficile à apprécier tant les nuances sont changeantes selon l'angle de vue et la lumière.
 
Nous avons affaire ici à des couleurs cuivrées d'une extrême richesse et diversité qui passent par le rose, le vert, le violet et le rouge. Nous sommes dans ce cas encore loin de l'émail bleu mis au point par Andre Cytere en 1929.
 
Le caractère unique et parfois magique de la couverte repose autant sur le mélange des oxydes dont les formules sont infinies que sur la cuisson réalisée en suivant un processus jamais totalement renouvelé à l'identique ( montée de la température régulière (6h-7h) juqu'à 1000° fusion des émaux qui se mélangent et un refroidissment lent dans une atmosphère choisie) .
 
Les vases présentés n’ont pas été réalisés à la même époque. Produit dès le début on retrouve le modèle "Vague" dans les catalogues de 1905, 1906, 1907, 1920 mais plus dans celui de 1931. Ce modèle a du connaître un certain succès compte tenu de sa présence dans 4 catalogues successifs, son caractère très symboliste devait par contre moins plaire dans les années 30 puisque il n'est plus repris dans les catalogues publiés à partir de ce moment.
 
L'exemplaire 3 possède le tampon à l’encre (1906-1914) et le 4 le tampon en creux Cytere plus Unis France (1920-1950).

Peut être possédez vous un vase "Vague" tout aussi remarquable et unique par ces nuances...je serais heureux de pouvoir compléter cette illustration par une photo que vous m'aurez m'envoyé.  


dimanche 20 janvier 2013

Le schlitteur, un symbole des Vosges


Le grand Schlitt est une sorte de luge mais contrairement à ce que l'on pourrait penser elle ne sert pas à descendre les pistes enneigées mais principalement à transporter du bois dans la montagne Vosgiennes.
Illustrateur;Hugo d'Alési, F. (1849-1906)
Date d'édition : 1895

Là encore la fabrique de Rambervillers, chef-lieu du canton des Vosges, se devait de produire un témoignage du schlitteur, adossé à son traîneau descendant pas à pas sur les pentes escarpées en se retenant avec les pieds sur les traverses.
Albert Schneider (1877-1954) le seul sculpteur engagé par la société Céramique en 1905, réussit un modèle très expressif faisant je trouve bien ressortir la concentration du schlitteur face à cet exercice fatiguant et dangeureux.


Fig 338, Schlitteur par Schneider
H 170 mm
Pour information la céramique ci-dessous a été adjugée à 420 euros le 17-janvier sur un site d'enchère. Le site d'illustration des catalogues intègre déjà une illustration du Schlitteur dans une version non émaillée qui personnellement me semble mieux rendre compte de la pénibilité de l'exercice en faisant  ressortir les détails de la sculpture (le visage, le tas de bois, les plis du pantalon...)


Les 2 céramiques présentent exactement les mêmes défauts; un bout du chapeau et la partie extreme du patin ont été cassés. Faut il y voir un défaut de conception ou une simple coincidence?