dimanche 25 janvier 2015

Dans la famille Chaumeil...je demande Henri

Les puces de Saint-Ouen restent une véritable caverne d'Ali Baba. Dimanche dernier ayant 2-3 heures devant moi, j'ai décidé d'arpenter le plus grand marché d'antiquité du monde.

Il y a parmi les 2500 stands, des passages obligés pour tout amateur de céramique. Je conseil dans le marché Biron par exemple un arrêt dans les  galeries i) 101, Aux trésors perdus de Paola Lumbroso, ii) 133 de Jean-François Manières, iii) 78 d'Alexis Mostini et iv) 93 d'Alain Cical.
 
Mais avant d'aller admirer ces trésors, je pars sillonner un marché  à la recherche de l'objet qui va me plaire. Il s'agit bien sûr la plupart du temps de céramiques. Je fouille et j'interpelle  les marchands sur l'histoire des objets souvent relégués au fond des stands et  des vitrines.
Dans un stand un peu à l'écart des marchés habituels, j'ai découvert posé sur une table basse derrière un canapé et servant de range papier une vase cornet incroyable... un coup de cœur;
 

Avec ses 28 cm de haut et 30 cm de diamètre, la forme évasée a toutes les qualités pour mettre en valeur des émaux de toutes beautés; L'extérieur présente un fond bleu jaspé d'orange, totalement onirique;



 
L'intérieur est tout aussi étonnant, on dirait la peau d'un vieil éléphant;


Cette céramique trone aujourd'hui sur ma bibiotheque et me réjouit à chaque fois que je la regarde. Je savoure la chance que j'ai eu de la trouver et je remercie bien sûr son créateur; le céramiste Henri Chaumeil.
 
Que sait-on sur Henri Chaumeil (1877-1944)? J'ai pu pioché sur internet un peu d'informations.  Né dans une famille de céramiste, son père Aristide ou Alcide Chaumeil ( ?) est l'inventeur sur faïence du décor "héraldique" qui sera  rapidement reproduit à Desvres et Boulogne-sur-Mer. Un ouvrage de Millicent S.Mali  semble évoquer cette période. Le fils de Henri, Paul Chaumeil (1902-1984) poursuivra la tradition familiale et produira des faïences dotées d'émail qui imitait quelque peu les couvertes de grès.
Henri Chaumeil à côté des copies  Veuve Perrin , Rouen ... a produit des grès de style art déco qui sont les  créations qui m'intéressent aujourd'hui particulièrement.
Il aurait suivi les cours de l'École des Arts Décoratifs, exposé juste avant 1914 au Salon des Artistes Indépendants et participé au Salon d'Automne et au Salon des Artistes Décorateurs.
 
Le livre, très intéressant, "Les craquelés art deco" de AR Tardy et B.Chardy évoque Henri Chaumeil. Il  serait  l'inventeur de l'émail "tiqueté (similaire au crispé) présenté au salon des artisites décorateurs de 1933. Il est défini également comme un "praticien", individu polyvalent qui assurent les différents stade de la production (création, fabrication et commercialisation) ce qui le différencie en 1925 des ateliers qui affectent une tache à chaque spécialiste.

Je comprends que H.Chaumeil comme G.Jaegle et F. Bichoff sont des céramistes avec une production confidentielle contrairement à un atelier.  En tout cas même si ils sont considérés comme des céramistes mineurs,  j'apprécie de plus en plus leurs créations ... à bon entendeur salut!


PS Le premier plan de la photo du début est un clin d'œil, il ne s'agit pas d'une fève   mais d'une petite chouette de Jacky Coville pleine de malice, dénichée le même jour.
 
 

samedi 10 janvier 2015

Rivier, Derel et Charlie

J'ai depuis toujours un faible pour les décors très graphiques des céramiques de Jean (Claudie) Rivier et Juliette Derel.


Le vase que je possède, signé uniquement Jean Rivier, est rythmé par ce que j'identifie comme des personnages représentés de façon très schématique.


On pourrait y trouver un lien de  parenté avec certaines représentations humaines de Wilfredo Lam encore plus simplifiée.


Le blog incontournable de P.Marziano sur la céramique 50, m'a permis de mieux connaître et d'apprécier cette production.
 J'ai pu déduire que mon vase était émaillé simplement par "un trempé sur engobe".  Il est recouvert   d'argile très diluée colorée en blanc et appliqué sur la  céramique avant cuisson pour modifier sa couleur naturelle. Il y a quelques points d'émail de couleur qui rehaussent les personnages pour les mettre en relief sur le fameux fond blanc.
La forme et l' émail marron du col sont également je trouve du plus bel effet.
 
Jean Rivier possède également un blog passionnant sur sa vie et son œuvre très marquée par la gravure .

Rendez-vous demain au rassemblement républicain... on ne peut pas accepter que des êtres humains donnent la mort pour imposer leur vision du monde.



mardi 9 décembre 2014

Odyv

Je possède depuis maintenant plusieurs années un vase  avec des inscriptions en reliefs. On peut lire de façon très nette Odyv et un numéro 545, identifiant de toute évidence le modèle.
 


 
A l'époque j'ai acheté ce vase parce qu'il me plaisait sans en connaître l'origine. Le prix était également très raisonnable. La céramique est belle, sa forme est généreuse rythmée par des reliefs et un émaillage très réussi.

Depuis son achat elle est restée dans ma bibliothèque ce qui est plutôt bon signe car comme beaucoup de collectionneur, je ne peux pas exposer  toutes les céramiques que j'achète et suis obligé d'en stocker ...

Or récemment j'ai trouvé sur internet par hasard une céramique qui possédait le même émaillage  mais d'une forme différente . A réception du vase  j'ai pu m'apercevoir qu'il était de la même qualité. il y avait la même marque et  un numéro 551. Je n'avais dorénavant plus le choix et me devais d'en savoir un peu plus sur cette mystérieuse manufacture .

Internet est un outil vraiment magnifique, après quelques clics, j'ai commandé un ouvrage sur la manufacture Art déco Berlot-Musier de Vierzon   Le temps d'Odyv 1927-1940 édité par le musée Charles VII lors d'une exposition  organisée en 2006 autour d'une collection de pendule.



Le catalogue contient 96 pages bien documentées avec de belles illustrations. Les auteurs mènent une véritable enquête pour reconstituer l'histoire de cette production oubliée , contemporaine et voisine des grès de Lourioux à Foecy ou de Denert et Balichon (Denbac) à Vierzon.

Berlot-Musier est une petite manufacture Berrichone (40-60 employés au maximum). Créée en 1927 elle produira des céramiques jusque dans les années 1970, avec une période faste entre 1930 et 1940. Odyv est l'estampille de la manufacture et correspond (comme pour Denbac) à la contraction de 2 prénoms ODette la fille de Mussier et YVonne la sœur de Berlot.

Les vases ne sont malheureusement pas abordés en détail ce que regrette l'auteur dans sa conclusion et laisse en même temps ouvert un champs d'exploration. Nous apprenons quand même qu'il y aurait au moins 330 modèles, numérotés de 201 à 604 avec une qualité qui varie selon les époques et la technique et un émaillage varié; craquelé, crispé, de couleur et certain rehaussé d'or ou de platine.

Maintenant que je connais un peu mieux l' histoire de la manufacture, je dois avouer que l'intérêt pour ces 2 céramiques s'est encore accru.
Quoiqu'il en soit au final, j'ai 2 vases qui forment un bel ensemble, en plus très adapté en cette période de fin d'année pour mettre en valeur les décorations de Noel... 

2 vases Odyv; H 23cm et H 17cm D 21cm

 

lundi 3 novembre 2014

Keramos, des céramiques à redécouvrir

Même si les céramiques produites en Ile de France  n'ont pas forcément au premier abord l'aura ou la cohérence des créations régionales provenant de Vallauris ou de la Borne par exemple , elles restent au final je suis persuadé très importantes, variées, divers et souvent de grandes qualités.
 
Je possède bien sûr de la documentation sur la manufacture de Sèvres et des monographies sur des céramistes "parisiens" célèbres (Jouve, Chambost, Ruelland, Del Pierre, Lanel, Chapelet...) même si  là encore on insiste souvent sur leurs origines, leurs formations et leurs expériences  régionales.
 
 Au delà de ces grands créateurs , je suis très attentif aux productions de céramistes (Jaegle, Bishoff..) et d'ateliers (Keramos...) de la région parisienne peu connues aujourd'hui et donc encore accessibles.
 
Pour exemple je veux prendre mon dernier achat concernant un vase de Keramos que je trouve remarquable à plusieurs point de vue.
La qualité de la fabrication est indéniable,  la forme est moderne et l'émaillage à peau de serpent est une vraie réussite.
 
 
 
L'information que j'ai trouvé sur Keramos provient de l'ouvrage "Sevres Boulogne-Billancourt la céramique indépendante", il s'agissait d'une petite entreprise qui a fonctionné dans les années 50 avec 6 à 8 employés et qui s'est installée à Sèvres.
Il est évident que la qualité de la production de Keramos, n'est pas comparable à celle de la manufacture de Sèvres, il n'en reste pas moins que certaines créations sont je trouve très inspirées.
 
En tout cas n'hésitez pas  à me proposer ou à me faire part des céramiques dignes d'intérêt dont l'origine pourrait encore être à découvrir...
 

mardi 7 octobre 2014

Rambervillers et un editeur d'objets d'art; H.Naulot

 
J'ai acheté une belle céramique avant les vacances.
Elle a la particularité de ne pas être marqué mais de posséder une étiquette.



Il s'agit d'un pot à Tabac . L'attribution à la manufacture de Rambervillers est évidente et sans équivoque. Le modèle est  repris dans le catalogue 1920  sous la référence 388  et reproduit dans le catalogue de Francine Bertrand p86.
 
 
 
La décoration est très florale, le pot  reprend une représentation des feuilles et des fruits de Gui.
 
 
 On retrouve cette plante  dans d'autres objets typiques de l'art nouveau;
Les assiettes en faïence de Luneville par Edmond Lachenal par exemple.
 
 
 
 
 Pour revenir à l'étiquette "Naulot", elle indique vraisemblablement un éditeur d'objets décoratifs qui  diffusait donc des céramiques de la manufacture de Rambervillers.
 Je n'ai malheureusement rien trouvé sur cet éditeur dont le rôle était vraisemblablement de sélectionner des modèles, peut être de les faire fabriquer pour certain et de les commercialiser.
Naulot devrait faire parti des éditeurs mineurs (vs majeurs tels que Etling, Goldscheider, la firme Robj)  pratiquement tous parisien tels que Argyl, Les arts réunis, Domi, Exe, Godin, Nov, Renson, de Sauzéa. Les noms nous sont connus souvent pas des publicités que nous pouvons retrouver dans les revues d'époque.
 
 Rappelons que Eugene Corbin propriétaires des magasins réunis à Nancy vend à partir de 1906 des modèles de Rambervillers. En 1907 Cytère ouvre un magasin à Paris 32 rue de Maubeuge dans le 9ème. En 1910, les ventes sont plus importantes à Paris qu'en province. Dans les années 20, Jean Cytere fils d'Alphonse prend la responsabilité d'un magasin rue Martel dans le 10ème. En 1933 le dépôt de Paris est fermé.
 
 
Le lien entre Naulot et Rambervillers pourra il être un jours précisé?
 
 
En tout cas en passant à la pinacothèque cet été à Paris, j'ai retrouvé le 30 place de la Madelaine mais il ne s'agit clairement et malheureusement  plus d'une boutique d'objets d'art...
 
 
 
 

mercredi 24 septembre 2014

Sèvres, les journées du patrimoine 2014

La manufacture de Sèvres  dispose de  27 ateliers pour produire par an près de 3000 céramiques. La   qualité des porcelaines m'a toujours impressionné. Or exceptionnellement l'établissement est ouvert au public 2 jours par an dans le cadre des journées du patrimoine.
 
J'ai pour la première fois cette année pu participer à 2 visites commentées (sur les 3 organisées) . J'ai été fasciné par ce que j'ai pu voir et entendre. Chaque atelier  était commenté par des artisans passionnés par leur travail. 
 
Pendant plus d'une demi heure dans un atelier appelé Le moulin, "le meunier" a expliqué  en détaillant le fonctionnement de chaque machine,  les différents étapes de la fabrication des pâtes à porcelaine. Nous avons même pu voir fonctionner la machine de malaxage.
 
 
 

Le plâtre est essentiel quand on produit des céramiques à partir des moules. Sa dureté relative permet de réaliser des modèles à partir desquels on réalise des moules également en plâtre qui facilitent le travail de moulage ou coulage grâce à sa capacité à absorber l'humidité.
J'aurais bien aimé utiliser un des moules de la galerie servant à entreposer quelques moules;


Un grand moment fut la visite de l'atelier du grand coulage. J’ai pu saisir avec plus de précision l’utilisation de la barbotine et du moule en plâtre qui absorbe l’humidité et qui forme le contour de la céramique.



 
L'atelier sculpture moulage est l'endroit où l'on façonne les biscuits. L'empreinte  du biscuit en porcelaine à partir du moule peut se faire dans la journée mais le mouleur-répareurs peut avoir besoin de 6 semaines pour sculpter toutes les parties du biscuit et leur redonner leur éclat et leur finesse.


L'émaillage est une étape essentielle,  je suis resté admiratif devant la gestuelle de l'émailleur. Le geste permettant un émaillage réussit varie selon la forme de l'objet.  L'ouvrier, 3 ans avant son départ,  a pour mission de former son remplaçant.


 
En tant qu’amateur d’émaux de grand feux, j’ai été moins sensible mais tout autant impressionné par  les ateliers de décoration; de peinture de petits feu, de pose de fond et la dorure.


Cette visite fut un grand moment que je recommande chaleureusement. L'amateur de céramique sera comblé. J'ai découvert les coulisses, les artisans et les savoirs faire d'une manufacture cherchant la perfection à  toutes les étapes du processus de fabrication (sélection des matières premières à la vente des céramiques).

 
 

mardi 27 mai 2014

La "Parisienne" vue par E. Lachenal et H. Caro-Delaville

Concours de circonstance amusant, le début de la quinzaine de Roland Garros a coïncidé avec la livraison samedi dernier d'un colis contenant une charmante joueuse de tennis 1900.
Il s'agit d'une petite statuette, 25cm de haut, réalisée en faience par Edmond Lachenal (1850-1930, père de Raoul et Jean-Jacques Lachenal également céramistes)  en collaboration avec Henry Caro-Delaville (1876-1928) , peintre des élégances mondaines.


 
Depuis la visite de l'exposition sur "Paris 1900 ville spectacle", je cherche à mieux comprendre cette "belle époque" à l'origine de créations totalement innovantes et inspirées.

J'avais remarqué au petit palais dans partie consacrée à la mode, des  céramiques illustrant l'élégance féminines. La parisienne pouvait changer de tenue jusqu'à 10 fois par jours en fonction de ses activités.

Le catalogue de l'exposition consacre une page à  ces 3 parisiennes en faience vêtues à la dernière mode. On apprend entre autre que Lachenal a mis au point un procédé électrolityque lui permettant de dépolir à l'acide ses pièces pour obtenir des tons mats et veloutés. La couverte de la céramique totalement lisse est effectivement très étonnante. Le livre "L'Objet 1900" de Maurice Rheims parle  d'un émail mat aux tons pastels, veloutés et givrés.








Ma statuette est tout à fait dans l'esprit de celles exposées au petit palais. On retrouve la signature du céramiste et du peintre, une silhouette filiforme, une main qui tient la robe,  un chapeau et au final une parisienne vêtue à la dernière mode qui aujourd'hui présente un "charme désuet  et légèrement caricatural".


Lors de nos échanges le vendeur très sympathique m'a fait remarquer qu'il y avait le 22-mai-2014  une vente chez Tajan proposant justement une sculpture en faïence dans le même esprit, plus grande,  réalisée par Lachenal et J. Bérengier. Le lot a finalement été vendu 2552 euros.


La manufacture de Rambervillers a également proposé 2 modèles reprenant des élégantes. Le premier a été proposé par Biais artiste dont nous ne savons rien et le deuxième plus exubérant par Passemard.
Rappelons que nous avons déjà parlé de Passemard et de ses gueux qui correspondaient paradoxalement au courant esthétique qui s'attache à représenter la classe laborieuse.



Biais hauteur 24cm
Passemard hauteur 18 cm



La Parisienne était déjà à l'époque un "attrait touristique", n'hésitez pas à me faire suivre d'autres modèles je serais ravis de pouvoir compléter cette galerie d'élégante qui garde tout son charme.